07 janvier 2009
36 - Car il y a richesses et richesses
John Locke avait écrit : "C'est donc le travail qui donne à la terre la plus grande partie de sa valeur." François Quesnay, à l'inverse, souligne la stérilité de ce même travail, quel que soit d'ailleurs son domaine d'intervention : "Comparez le gain des ouvriers qui fabriquent les ouvrages d'industrie, à celui des ouvriers que le laboureur emploie à la culture de la terre, vous trouverez que le gain de part et d'autre se borne à la subsistance de ces ouvriers ; que ce gain n'est pas une augmentation de richesses."
Mais le travail agricole ne reste pas limité à lui-même... Perçu dans son alliance avec le "pouvoir de la nature", il apparaît comme coresponsable d'un produit net, d'un surplus qui, selon Quesnay, provient en réalité de la terre : "C'est la source de la subsistance des hommes, qui est le principe des richesses."
Et si cette terre est placée sous la responsabilité directe de la "classe des propriétaires" qui en perçoivent les revenus (c'est-à-dire la totalité du produit net d'un pays), le bon docteur leur rappelle que "leurs revenus deviennent communs à tous les hommes".
Ce qui permet une lecture toute différente de la phrase précédemment citée du même Quesnay : "Les propriétaires ne sont utiles à l'État que par leur consommation : leurs revenus les dispensent de travailler, ils ne produisent rien, si leurs revenus n'étaient pas distribués aux professions lucratives, l'État se dépeuplerait par l'avarice de ces propriétaires injustes et perfides."
Certes, vous ne travaillez pas, certes, vous voici payés à ne rien faire, mais, mais...
Ailleurs, le bon docteur peut même se montrer menaçant à l'égard de ceux qui ne seraient pas à la hauteur de leur tâche de régulateurs : "Les lois s'élèveraient contre ces hommes inutiles à la société et détenteurs des richesses de la patrie."
Mais il y en a d'autres que François Quesnay n'aime pas du tout ; ce sont les détenteurs de richesses qui, selon lui, se sont bien trop éloignées des miracles de la terre nourricière : "Ces richesses qui sont, pour ainsi dire, dérobées à l'État et qu'on appelle finance circulante, sont des richesses pécuniaires accumulées dans la capitale, ou par l'entremise des papiers publics, elles sont employées à un trafic d'agiot, ou de finance contre finance et procurent par des escomptes sur les papiers commerçables de gros gains à ceux qui ont beaucoup d'argent de réserve occupé à ce commerce."
On le croirait occupé à démolir la réputation des frères Pâris, ces financiers de haut vol dont l'un avait été choisi autrefois pour parrain d'une petite fille devenue, depuis, la patiente du même... docteur Quesnay : madame de Pompadour, et la réputation encore d'un ami de la même, Jean-Joseph de Laborde, l'un des prochains banquiers de la cour du roi Louis XV, et ancêtre en ligne directe, à la sixième génération, d'un dénommé Ernest-Antoine Seillière de Laborde... (dont on découvrira bien d'autres ancêtres sur : http://petitdemangecuny.canalblog.com)
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