30 octobre 2008
19 - La rémunération comme moteur d'appoint de l'exploitation
La liberté, qui distingue le travailleur salarié de l'esclave, l'oblige à tenir lui-même la bride serrée à ses dépenses. Mais elle peut aussi le pousser à accroître la durée et l'intensité de ses efforts pour obtenir une rémunération supérieure (au moyen d'heures supplémentaires, par exemple), et améliorer ainsi son ordinaire.
Non seulement il produira davantage (additionnant exploitation choisie et exploitation subie), mais il ajoutera, à sa force de travail telle que le minimum vital l'entretient, un surplus de force provenant de sa volonté de se surpasser et d'une consommation améliorée grâce à un supplément de salaire dont on constate bientôt qu'il ne l'aura conquis qu'au détriment de sa santé...
Voici comment Adam Smith résume la première partie de ce processus : "Une subsistance abondante augmente la force physique du travailleur ; le doux espoir d'améliorer sa situation et de finir peut-être ses jours dans l'aisance et l'abondance l'encourage à employer cette force autant qu'il le peut. Par conséquent, là où le salaire est élevé, les ouvriers sont toujours plus actifs, plus assidus, plus prompts que là où il est bas [...]."
Et voilà qui montre les limites de l'émulation ou de l'auto-suggestion : "Les ouvriers, au contraire, quand ils sont généreusement payés à la pièce, ont vraiment tendance à se surcharger de travail et à ruiner leur santé et leur constitution en quelques d'années. On estime qu'à Londres et en quelques autres lieux un charpentier ne peut pas conserver sa pleine vigueur plus de huit ans. Il se produit à peu près la même chose dans beaucoup d'autres activités où les ouvriers sont payés à la pièce, comme ils le sont généralement dans les manufactures, et même dans les travaux des champs, chaque fois que le salaire dépasse le taux ordinaire."
Comme on le sait, aujourd'hui encore, aujourd'hui surtout, l'espérance de vie d'un ouvrier, dans les pays occidentaux, n'a rien à voir avec celle des autres salariés..., ce qui n'empêche pas ces derniers de bénéficier de leur propre lot d'angoisses et de problèmes de santé. Pour sa part, Adam Smith avance cette constatation : "Les artisans de toute catégorie, ou presque, sont sujets à des infirmités particulières, causées par l'excès de soin qu'ils portent à leur ouvrage."
Il faut donc trouver le juste équilibre, et éviter d'user prématurément la "poule aux oeufs d'or". Qui veut aller loin ménage sa monture, ainsi que nous le rappelle Adam Smith : "Je crois que, dans quelque métier que ce soit, on s'apercevra que l'homme qui effectue son ouvrage avec assez de modération pour s'y tenir constamment, non seulement conserve le plus longtemps sa santé mais exécute au cours de l'année la plus grande quantité d'ouvrage."
29 octobre 2008
18 - Rentabilités comparées du travail libre et de l'esclavage
Adam Smith (1723-1790) est le contemporain de l'âge d'or de la traite des Noirs et de l'esclavage nord-américain. Ce qui ne l'a pas empêché d'affirmer que, sur le strict plan de l'économie de marché, le travail salarié est nettement plus rentable que l'esclavage.
La raison essentielle de cette suprématie tient à ce que la liberté du travailleur condamne celui-ci à devoir assumer la responsabilité de sa famille et de lui-même dans les limites de la rémunération qu'il reçoit. De cette charge, l'esclave est indemne. Citons Adam Smith : "Un esclave, a-t-on dit, s'use aux dépens de son maître, mais un serviteur libre s'use à ses propres dépens."
Mais, pensera-t-on aussi, c'est pourtant le patron qui - à travers le salaire qu'il verse - nourrit, vêt et loge toute la famille de son domestique, de sorte que, comme Adam Smith nous le dit sans adoucir son vocabulaire : "Cependant, l'usure du second se fait en réalité autant aux dépens de son maître que celle du premier." Certes, poursuit-il, "bien que l'usure d'un serviteur libre se fasse aux dépens de son maître, elle lui coûte généralement beaucoup moins que celle d'un esclave." Et pourquoi donc? Mais parce que "[les] fonds destinés à remédier à l'usure de l'esclave ou à la réparer, si je puis m'exprimer ainsi, sont ordinairement administrés par un maître négligent ou un intendant insouciant. Ceux qui sont destinés à assurer les mêmes fonctions en ce qui concerne l'homme libre sont administrés par l'homme libre lui-même."
Pour anticiper, on pourrait dire que l'économie réalisée ici par le maître se traduit, de nos jours, pour le travailleur salarié, par la délicieuse angoisse qui caractérise le syndrome des fins de mois difficiles - difficiles intrinsèquement, et plus difficiles encore quand s'y ajoutent quelques impacts du crédit à la consommation.
Ainsi Adam Smith pouvait-il, d'avance, offrir une forte dose de baume au coeur pour les futurs nostalgiques de l'esclavage : "Il ressort donc de l'expérience de toutes les époques et de toutes les nations, je crois, que le travail d'hommes libres revient en fin de compte moins cher que le travail d'esclaves." Y compris dans des conditions de rémunération "extrême" des hommes libres : "Cela se vérifie même à Boston, New York et Philadelphie, où le salaire du simple travail est extrêmement élevé."
S'agirait-il, alors, pour l'homme libre, d'échapper au minimum vital, avec la bénédiction du système capitaliste?...
28 octobre 2008
17 - La "poule aux oeufs d'or" et son quota de poussins
Ni trop ni trop peu de poussins... voilà le langage qu'il convient de tenir, en système capitaliste, à la "poule aux oeufs d'or", c'est-à-dire au travailleur soumis à l'exploitation...
Or, à en croire Adam Smith, la nature livrée à elle-même peut produire l'équilibre nécessaire, puisque, par delà son action sur les espèces animales, elle régente à merveille les "rangs inférieurs" par le biais de ce que nous commençons à bien connaître : le minimum vital. Adam Smith nous le dit tout net : "Toutes les espèces d'animaux se multiplient naturellement en proportion de leurs moyens de subsistance et aucune espèce ne peut jamais se multiplier au-delà. Mais dans la société civilisée, c'est seulement dans les rangs inférieurs que l'insuffisance des moyens de subsistance peut imposer des limites à la propagation de l'espèce humaine. Or cela ne peut se faire que par l'élimination d'une grande partie des enfants nés de leur mariage fécond."
Dans un système où la nature se trouve accaparée par certains au titre de l'appropriation privée de la terre, l'accession aux moyens de subsistance ne dépend plus seulement de la pluie et du beau temps. Il s'agit de disposer d'une certaine quantité de monnaie, qui ne pourra provenir, pour les "rangs inférieurs", que du travail salarié...
Si la monnaie n'est pas vraiment au rendez-vous, c'est la misère... Or, comme Adam Smith le constate : "[...] si la misère n'empêche pas d'engendrer des enfants, elle est une très grande gêne quand il s'agit de les élever. La plante fragile est produite, mais dans un sol si froid et sous un climat si rigoureux qu'elle dépérit bientôt et meurt." Relayée par la monnaie, la nature fait très bien les choses, c'est-à-dire avec suffisamment de doigté : "Dans certains endroits, la moitié des enfants meurent avant quatre ans, dans beaucoup d'autres avant sept ans et presque partout avant neuf ou dix ans. Cependant, en tous lieux, cette grande mortalité affecte principalement les enfants des petites gens qui n'ont pas les moyens de les soigner avec autant d'attention que ceux d'une condition plus élevée."
Comme de juste, une hausse des salaires déplacera les bornes de la propagation ouvrière en sens inverse : "Une rémunération généreuse du travail, en leur permettant de mieux subvenir aux besoins de leurs enfants et par conséquent d'en élever un plus grand nombre, tend naturellement à élargir et à étendre ces limites. De plus, il est bon de remarquer qu'elle produit nécessairement cet effet dans une proportion aussi proche que possible de celle que détermine la demande de travail."
Sans doute est-ce là l'effet de la célèbre "main invisible" (la mort par inanition?) qui permet au mode capitaliste de production - selon les "libéraux" - de retrouver régulièrement sa position d'équilibre... Adam Smith, quant à lui, n'y va pas par quatre chemins : "Ainsi, de même que la demande détermine la production de toute marchandise, la demande d'hommes règle nécessairement la production d'hommes, l'accélère quand elle va trop lentement, et l'arrête quand elle va trop vite."
27 octobre 2008
16 - Aux marges de l'affrontement de classe
Face aux manoeuvres patronales tendant à diminuer les salaires, et après d'éventuels reculs ouvriers, Adam Smith voit se manifester le mouvement inverse : "Cependant, à de telles coalitions s'oppose fréquemment une coalition défensive des ouvriers qui, quelquefois aussi, sans aucune provocation de ce genre, se coalisent de leur propre mouvement pour augmenter le prix de leur travail."
À la discrétion des menées patronales qui se doivent de ne pas susciter inutilement la colère de la "poule aux oeufs d'or", répondent la vivacité et puis, bientôt, le bruit et la fureur des ouvriers, puisque, comme le constate Adam Smith : "Pour en venir à une décision rapide, ils ont toujours recours aux clameurs les plus bruyantes, et quelquefois à la violence et aux outrages les plus révoltants." C'est qu'à cet instant, il s'agit tout bonnement pour certains de sauver leur peau et le pain de leurs proches : "Ils sont aux abois et agissent avec la déraison et les excès d'hommes poussés à bout, qui n'ont d'autre alternative que de mourir de faim ou d'obtenir par la terreur que leurs maîtres satisfassent sans délai leurs revendications."
Adam Smith montre alors quel appareil se dresse devant eux : "En ces circonstances les maîtres font, de leur côté, tout autant de bruit, et ne cessent jamais de réclamer à grands cris l'aide du magistrat civil et l'application des lois si sévères contre les coalitions de domestiques, de travailleurs et de journaliers." L'intervention des trois dimensions de l'organisation étatique : le législatif, le judiciaire et l'exécutif qui, pour l'heure, agissent à l'unisson, ne laisse guère de chances à la révolte si celle-ci ne s'est pas donné les moyens de briser ce même pouvoir d'État : "Les ouvriers tirent par conséquent très rarement le moindre avantage de la violence de ces coalitions tumultueuses qui, tant par l'intervention du magistrat civil que par la plus grande persévérance des maîtres et la nécessité où se trouvent la plupart des ouvriers de se soumettre pour avoir leur subsistance du moment, n'aboutissent généralement à rien, si ce n'est au châtiment ou à la perte des meneurs."
Et cependant, il y a un minimum sous lequel il est impossible de ramener la rémunération de la "poule aux oeufs d'or". Nous l'avons déjà indiqué, et Adam Smith nous le répète : "Il faut toujours qu'un homme vive de son travail, et son salaire doit être au moins suffisant pour lui permettre de subsister. Il doit même, dans la plupart des cas, être un peu plus que suffisant ; autrement le travailleur ne pourrait élever une famille, et la race de ces ouvriers ne pourrait pas se maintenir au-delà de la première génération."
Qui veut les "oeufs d'or" doit vouloir la poule et tout de même... quelques poussins...
26 octobre 2008
15 - La lutte des classes
Si le profit est bien cette part du produit du travail ouvrier (ou de la valeur ajoutée à la matière par ce même travail) que le maître s'attribue, d'où vient qu'elle laisse seulement, du côté de l'ouvrier, ce qui n'est, pour celui-ci, que le minimum vital?
Revenons à la situation initiale : l'ouvrier entre en relation avec celui qui sera peut-être son prochain maître. Adam Smith écrit : "Ce qu'est le salaire ordinaire du travail dépend partout du contrat habituellement passé entre ces deux parties, dont les intérêts ne sont pas du tout les mêmes." Et puis, sans transition, l'auteur passe à cette formule toute différente en ce qu'elle quitte le cadre des rapports individuels pour en venir au rapport des classes : "Les ouvriers désirent obtenir le plus possible, les maîtres donner le moins possible. Les premiers sont disposés à se coaliser afin d'augmenter le salaire du travail, les seconds afin de le diminuer."
Combat tout à fait inégal s'il s'agit de mesurer les forces respectives de chacun des deux camps par la quantité des personnes qui s'y rassemblent. Face aux ouvriers en lutte, les maîtres ne seraient que fétus de paille... Et pourtant, la force du nombre ne tarde pas à venir se briser sur la barrière du minimum vital dont on voit assez facilement le rôle stratégique qu'elle joue dans la pensée patronale puisque, comme le souligne Adam Smith : "Dans tous les conflits de ce genre, les maîtres peuvent tenir beaucoup plus longtemps. Un propriétaire, un fermier, un maître fabricant ou un marchand, alors même qu'il n'emploierait pas un seul ouvrier, pourrait généralement vivre un an ou deux avec les capitaux qu'il a déjà acquis. Beaucoup d'ouvriers ne pourraient pas subsister une semaine, un petit nombre pourrait subsister un mois et presque aucun ne pourrait subsister une année sans emploi."
Le fond de l'affaire est donc effectivement une lutte à mort (de faim), quoi qu'on en pense...
Mais le nombre reste le nombre... avec cette force irrésistible dont il lui arrive souvent de laisser paraître quelques lueurs puisque, comme le remarque Adam Smith : "Il est rare, a-t-on dit, que l'on entende parler des coalitions de maîtres bien que l'on entende fréquemment parler de celles des ouvriers." Et d'ajouter aussitôt : "Mais quiconque imagine, pour cette raison, que les maîtres se coalisent rarement est aussi ignorant du monde que du sujet."
Il peut être question, pour ceux-ci, de maintenir le statu quo : "Les maîtres sont toujours et partout dans une sorte de coalition tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas augmenter le salaire du travail au-dessus du taux existant."
Il peut aussi s'agir d'une attitude délibérément offensive : "Les maîtres forment parfois aussi des coalitions particulières pour faire baisser le salaire du travail au-dessous de ce taux. Celles-ci sont toujours conduites dans le plus grand silence et le plus grand secret, jusqu'au moment de l'exécution et, quand les ouvriers leur cèdent sans résistance, comme ils font quelquefois, bien qu'ils en pâtissent durement, les autres n'en entendent jamais parler."
Mais la lutte à mort ne se livre pas toujours à mi-voix...
25 octobre 2008
14 - L'appropriation privée des moyens de production
Adam Smith nous l'a déjà dit : "Dans l'état initial qui précède l'appropriation de la terre et l'accumulation du capital, la totalité du produit du travail appartient au travailleur." À ce moment, il ne peut donc être question ni de "salaire", ni de "minimum vital". La rémunération du travail dépend de la force productive de ce même travail, des qualités qui caractérisent celui-ci, et de l'efficacité des moyens qu'il met en oeuvre. S'agissant des "débuts" de l'humanité, ce n'est peut-être pas beaucoup...
Adam Smith poursuit : "Mais cet état initial, dans lequel le travailleur jouissait de la totalité du produit de son travail, ne pouvait pas durer au-delà de l'appropriation de la terre et de l'accumulation du capital." Pour autant que la terre et les capitaux sont des moyens de production, les voici qui échappent à l'ouvrier pour aller s'enclore dans une appropriation privée d'où ils ne reviendront vers la production qu'au prix d'une sorte de chantage exercé sur l'ouvrier : "Travaille pour moi ; mets-toi à mon service, aux conditions qui seront les miennes ; ou meurs de faim, toi et les tiens!..."
Sur cette voie, Adam Smith nous montre tout d'abord le sort réservé à ce que la nature offre comme base à la production agricole, et donc aux moyens de subsistance : "Dès que la terre devient propriété privée, le propriétaire exige une part de presque tous les produits que le travailleur peut y cultiver ou y recueillir. Sa rente constitue la première déduction sur le produit du travail de la terre."
Comme on le voit, le rapport de force qui servira à fixer à son minimum la rémunération du travailleur s'établit aussitôt sur le fondement des moyens élémentaires d'assurer sa survie et celle de sa famille. Par conséquent, après que soit passé le mouvement d'appropriation privée de ce moyen de production essentiel qu'est la terre agricole, comme Adam Smith le constate : "Il arrive rarement que celui qui cultive la terre ait les moyens de subsister jusqu'à ce qu'il récolte la moisson. Sa subsistance lui est généralement avancée sur le capital d'un maître, le fermier qui l'emploie et qui n'aurait aucun intérêt à l'employer s'il ne devait pas avoir sa part du produit de son travail ou si son capital ne devait pas lui être remplacé avec un profit."
Prenons garde au fait qu'il y a désormais en face de l'ouvrier agricole deux personnages différents : le propriétaire du sol (titulaire de la rente) et le fermier, entrepreneur agricole (qui reçoit le profit). Ainsi, comme l'indique Adam Smith : "Ce profit constitue une seconde déduction sur le produit du travail de la terre."
Le schéma général du mode capitaliste de production est désormais établi : "Dans tous les arts et toutes les fabrications, la plupart des ouvriers ont besoin d'un maître qui leur avance les matériaux de leur ouvrage, leur salaire et leur subsistance jusqu'à ce que cet ouvrage soit achevé. Ce maître a sa part du produit de leur travail, c'est-à-dire la valeur que celui-ci ajoute aux matériaux auxquels il s'applique. C'est cette part qui représente son profit."
11 octobre 2008
13 - La barrière du minimum vital
Pour finir, l'empire qu'Adam Smith accorde au travail, en tant que mesure de la valeur des marchandises, ne semble plus pouvoir connaître de limites en temps et en espace, sitôt, tout au moins, qu'il est question d'une économie de marché : "Il paraît donc évident que le travail est la seule mesure universelle aussi bien que la seule mesure exacte de la valeur ou le seul étalon avec lequel nous pouvons comparer les valeurs de différentes marchandises en tout temps et en tout lieu."
Ainsi s'établirait le prix réel de chaque marchandise... dans une société qui, parce qu'elle est marchande, n'a besoin d'aucune autre mesure que celle que lui procure le prix en monnaie, c'est-à-dire ce prix nominal qui condamne au silence le travail, la souffrance au travail, la rémunération réelle du travail, etc...
Or, comme Adam Smith le souligne : "[...] il peut être quelquefois utile de comparer les différentes valeurs réelles d'une marchandise donnée en des temps et en des lieux différents, ou les différents degrés de pouvoir sur le travail d'autres personnes qu'elle a pu, en différentes occasions, donner à ceux qui la possédaient. Nous devons dans ce cas comparer non pas tant les différentes quantités d'argent contre lesquelles on l'a communément vendue, que les différentes quantités de travail que ces différentes quantités d'argent auraient pu acquérir. Mais on ne peut presque jamais connaître avec quelque degré d'exactitude les prix courants du travail en des temps et des lieux éloignés." Les prix courants, ou encore les différents prix nominaux appliqués à l'achat de la force de travail... d'où tirer ensuite une sorte de moyenne locale...
Comment faire? En revenant vers la base même de l'exploitation du travail : le minimum vital, avec sa condition essentielle... l'aliment principal du travailleur, ces grains dont, dans des époques lointaines déjà, le prix monétaire (nominal) apparaissait plus directement - parce que sur un marché bien plus vaste - que ne le faisaient des salaires négociés dans un rapport de personne à personne et dans la diversité d'espaces économiques très différenciés. Ainsi Adam Smith constate-t-il qu'en fait de prix courants (monétaires), "on connaît mieux en général ceux des grains bien qu'ils n'aient été enregistrés par règlement qu'en peu d'endroits, et les historiens et autres écrivains les ont plus fréquemment relevés. Aussi devons-nous le plus souvent nous en contenter, non pas qu'ils soient toujours exactement dans la même proportion que les prix courants du travail, mais parce qu'ils sont la meilleure approximation que nous puissions communément avoir de cette proportion."
Mais par quel mystérieux processus aboutit-on à ce minimum vital, centré sur le pain quotidien, qui deviendra ensuite la mesure "normale" du salaire ouvrier?...