Mesure réelle de la valeur d'échange en tant qu'il en est le producteur direct et exclusif, le travail est une activité typiquement humaine : il comporte donc à la fois un versant objectif extérieurement constatable, et un versant subjectif à vivre directement, chacun des deux côtés intégrant la possibilité d'une  mesure...

      En ce qui concerne le versant subjectif, voici ce qu'Adam Smith souligne avec beaucoup d'à-propos : "On peut dire que des quantités égales de travail, en tout temps et en tout lieu, sont de valeur égale pour le travailleur. Dans son état normal de santé, de force et d'optimisme, dans le degré normal de son savoir-faire et de sa dextérité, il doit toujours abandonner la même portion de son loisir, de sa liberté et de son bonheur."

Aristote (384-322 av. J.-C.)

Aristote

 

      En réalité, bien sûr, la variabilité des conditions d'exercice du travail offre un éventail qui ne peut manquer de s'étendre du plus pur "farniente" jusqu'à la mort par épuisement complet de toute force de vie à la suite d'un labeur excessif. Mais ici comme ailleurs - et particulièrement depuis qu'Aristote, qui est, sur ce terrain, notre caution à tous, y a appliqué sa pensée -, c'est d'abord et avant tout la moyenne qui fait le socle - le seul possible - de la mesure.

       Vient alors cette question : sur ce socle, comment la juste mesure du "loisir", de la "liberté" et du "bonheur" peut-elle s'établir? Est-elle le fruit de la réflexion philosophique, c'est-à-dire de l'activité laborieuse spécifique du "sage"? N'est-elle pas plutôt le résultat de l'équilibre momentané de la dialectique des luttes entre le travailleur et... son maître? Mais alors, quel est ce maître?...